J’ai caché ma carrière de juge à ma belle-mère. Après ma césarienne, elle a fait irruption avec des papiers d’adoption, exigeant un jumeau pour sa fille stérile. J’ai serré mes bébés contre moi et j’ai paniqué
La salle de réveil de la clinique Saint-Martin ressemblait davantage à une suite privée qu’à une chambre classique. J’avais demandé aux infirmières de retirer les bouquets prestigieux envoyés par des collègues et par des institutions judiciaires. Je devais préserver mon image.
Je venais de subir une césarienne éprouvante. Mon corps tremblait encore sous l’effet de l’anesthésie. Gabriel et Inès dormaient paisiblement à mes côtés. Puis la porte s’est ouverte brutalement. Ma belle-mère est entrée sans frapper. Fourrure impeccable, parfum entêtant, regard dur. Catherine Morel a balayé la pièce des yeux avec mépris. Elle a jeté un dossier sur ma tablette médicale. « Signez. Une renonciation aux droits parentaux. Élodie ne peut pas avoir d’enfant. Il lui faut un fils. Vous n’êtes pas capable d’en élever deux. » Je l’ai fixée, incapable de croire ce que j’entendais.
La bascule
Elle s’est dirigée vers le berceau de Gabriel. La douleur a traversé ma cicatrice lorsque j’ai tenté de me redresser. « Ne touchez pas à mon fils. » Elle m’a ignorée et a posé les mains sur le berceau. À cet instant, quelque chose s’est brisé en moi. J’ai frappé le bouton d’alarme mural marqué « Code gris – Sécurité ». Les sirènes ont retenti dans le couloir.