Claire n’avait pas commencé par crier.
Elle avait commencé par corriger.
Une serviette mal pliée. Une tasse laissée dans l’évier. Une porte fermée “avec trop d’agressivité”. Une robe trop courte. Un regard mal interprété. Un retard de cinq minutes.
Chaque jour, quelque chose n’allait pas.
Et chaque reproche était formulé de manière assez subtile pour pouvoir être nié ensuite.
— Je te dis ça pour ton bien.
— Tu es trop sensible.
— Dans cette maison, il y a des règles.
— Ton père se tue au travail.
Avec Mike, en revanche, Claire redevenait parfaite.
Douce. Prévenante. Souriante.
Si Lina osait parler d’un malaise, Claire prenait aussitôt un air blessé.
— Je fais tout pour elle, Mike. Je ne comprends pas pourquoi elle me rejette.
Et Mike, fatigué, répétait toujours la même phrase :
— Faites un effort toutes les deux.
Ce “toutes les deux” détruisait Lina un peu plus chaque fois.
Parce qu’il plaçait sur le même plan une jeune fille qui essayait simplement de tenir… et une femme adulte qui savait manipuler les apparences.
Avec le temps, Claire prit plus de place dans la maison.
Même l’air semblait changer lorsqu’elle entrait dans une pièce.
Lina apprit à éviter certains sujets, certains horaires, certains silences. Elle parlait moins. Mangeait vite. Marchait doucement.
Sa propre maison était devenue un terrain miné.
Mike, lui, ne voyait pas tout.
Ou peut-être voyait-il moins qu’il n’aurait dû.
Il partait tôt, rentrait tard, et lorsqu’il était là, Claire savait exactement quand sourire, quand se taire, quand préparer un dîner calme pour donner à la soirée des airs de normalité.
Face à ce décor si bien tenu, Lina avait parfois l’impression de devenir folle.
Peut-être, pensait-elle certains soirs, qu’elle exagérait…
Puis Claire avait cessé de se contenter de mots.