La première fois, ce n’était qu’un geste brusque.
Un poignet saisi trop fort dans la cuisine.
La deuxième fois, une main sèche sur l’épaule pour la forcer à se retourner.
La troisième, des doigts qui se refermèrent sur son bras avec une violence glaciale.
— Arrête de me provoquer, avait soufflé Claire.
Lina s’était figée.
Ce n’était pas seulement la douleur qui l’avait blessée.
C’était le calme du visage de Claire.
L’absence totale de colère visible.
Comme si tout cela était réfléchi.
Après ça, Claire redevenait normale en quelques secondes.
— Tu veux du thé ?
Ce contraste terrifiait Lina davantage qu’un accès de rage.
Parce qu’il n’y avait rien à désigner clairement. Tout pouvait être nié.
Les semaines passaient et la tension montait.
Même ses amies remarquaient qu’elle s’éloignait.
Elle inventait des excuses pour ne plus sortir. Prétextait des révisions, des migraines, de la fatigue.
En réalité, elle vivait avec une boule permanente dans la poitrine.
Chaque bruit de pas dans le couloir la mettait en alerte.
Puis arriva cet après-midi-là.
Le soleil inondait le salon d’une lumière blanche presque aveuglante. Mike devait rentrer tard.
Lina classait quelques papiers pour l’université lorsqu’elle entendit Claire entrer dans la cuisine.
Cette lenteur contrôlée annonçait toujours un reproche.
— C’est encore toi qui as laissé cette bouteille ici ?
Lina leva les yeux.
— Je vais l’enlever.
Mais cela ne suffisait déjà plus.
— “Peut-être” ? répéta Claire. C’est tout ce que tu trouves à dire ?
Lina inspira profondément.
— Je t’ai dit que j’allais l’enlever.
Claire s’approcha.
— Ne prends pas ce ton avec moi.
— Je ne prends aucun ton…
Une seconde de silence.
Un mauvais silence.
Puis Claire prononça lentement :
— Depuis quelque temps… tu oublies qui commande ici.
Quelque chose brûla dans la poitrine de Lina.
— Tu ne commandes pas ma vie.
Et immédiatement, elle regretta ses mots.
Parce que le visage de Claire venait de changer.